Données & outils
Comment préparer ses données pour un projet IA ?
Préparer ses données pour un projet IA, c'est partir du cas traité : lister les données qu'il demande, savoir qui les détient et comment y accéder, puis mesurer leur qualité au regard de l'usage prévu. Elles n'ont pas besoin d'être parfaites. Un périmètre restreint, des identifiants communs entre les outils, des corrections faites à la source et des règles claires pour les données personnelles suffisent pour commencer.
Mis à jour le 8 min de lecture
Sommaire · 7 parties
Pourquoi les données décident-elles du résultat d'un projet IA ?
Parce qu'un système d'IA ne connaît de vos données internes que ce qu'on lui transmet. Il lit, classe, rapproche et résume ce qu'il reçoit, sans savoir qu'un client existe en trois exemplaires ou qu'un mois manque dans l'historique. Le résultat hérite de ces défauts, et sa présentation ne les signale pas d'elle-même.
Environ trois entreprises sur dix citent d'ailleurs les données comme un frein. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), en 2025, 29 % des entreprises de 10 salariés ou plus implantées en France qui n'utilisent pas l'IA évoquent, parmi leurs raisons, des difficultés liées aux données nécessaires. Chez celles qui l'utilisent, 32 % déclarent ces mêmes difficultés.
Le cadre de qualité des données du gouvernement du Royaume-Uni (Government Data Quality Framework, 2020) résume l'enjeu : des données de qualité médiocre ou inconnue fragilisent les éléments sur lesquels on décide, minent la confiance et conduisent à de mauvais résultats. Préparer les données n'est donc pas une formalité : c'est une condition pour que le résultat soit utilisable.
Quelles données faut-il réunir ?
Celles que demande le cas traité, pas toutes celles de l'entreprise. Écrivez d'abord la question à traiter ou l'action à préparer. Pour repérer les factures fournisseurs qui ne correspondent à aucune commande ni à aucune livraison, il faut les commandes passées, les bons de livraison, les factures reçues et la liste des fournisseurs.
Le cadre britannique en fait une étape de planification : identifier les données qui existent déjà et celles qu'il faudra collecter. Un inventaire en cinq points par donnée suffit, et montre vite ce qui manque.
- Source : l'outil ou le fichier qui la contient, et la version qui fait foi s'il y en a plusieurs.
- Propriétaire : la personne ou le service qui la saisit, la tient à jour et peut répondre d'une erreur.
- Accès : comment la lire sans ressaisie, par une interface de programmation (API) ou par un export, et avec quels droits.
- Volume : le nombre de lignes ou de documents, au total et par mois.
- Historique : depuis quand elle existe, et les ruptures à connaître, comme un changement de logiciel ou de codification.
Comment évaluer la qualité de vos données ?
En la mesurant au regard de l'usage prévu, dimension par dimension. Le cadre britannique ramène la qualité à une question : « ces données sont-elles assez bonnes pour ce que je veux en faire ? » Il retient six dimensions, définies par l'association britannique de gestion des données (DAMA UK) : exactitude, complétude, unicité, cohérence, actualité et validité. Il précise que cette liste n'est pas figée : elle peut varier selon les données et les besoins de leurs utilisateurs.
Chaque dimension se contrôle à part : un fichier complet peut très bien contenir des valeurs fausses. Travaillez sur un échantillon réel, et seulement sur les champs dont le cas a besoin. Chaque dimension devient alors une question simple, comme « chaque client n'apparaît-il qu'une fois ? », et un contrôle que l'on relance à chaque chargement de données.
| Dimension | Question à se poser | Exemple de contrôle |
|---|---|---|
| Exactitude | Les valeurs correspondent-elles à la réalité ? | Comparer un échantillon de fiches avec les pièces qui font foi : bon de livraison, facture, contrat. |
| Complétude | Les enregistrements attendus sont-ils tous là, avec leurs champs essentiels remplis ? | Part des commandes sans date de livraison, mois absents dans l'historique. |
| Unicité | Chaque client, produit ou pièce n'apparaît-il qu'une fois ? | Nombre de clients présents dans plusieurs fiches, repérés par leur nom, leur adresse ou leur identifiant. |
| Cohérence | Les valeurs concordent-elles, dans un même outil et d'un outil à l'autre ? | Même adresse de facturation dans l'outil commercial et en comptabilité, date de livraison postérieure à la date de commande. |
| Actualité (fraîcheur) | Les données sont-elles à jour, et disponibles assez vite pour l'usage prévu ? | Date de la dernière mise à jour de chaque source, délai entre un événement et sa saisie. |
| Validité | Les valeurs ont-elles le format attendu, et restent-elles dans la plage prévue ? | Dates enregistrées comme des dates et non comme du texte, quantités positives, codes présents dans la liste de référence. |
Comment relier les données de plusieurs outils ?
Avec des identifiants communs et, pour chaque donnée, un outil qui fait foi. Un même client peut porter un code dans l'outil de gestion de la relation client (CRM), un autre dans le progiciel de gestion intégré (ERP), un troisième en comptabilité. Sans lien explicite entre ces codes, un système d'IA en est réduit à supposer qu'il s'agit du même client : chaque rapprochement devient une hypothèse.
Quand un identifiant officiel existe, servez-vous-en. Pour les clients et fournisseurs professionnels établis en France, c'est le numéro SIREN, l'identifiant de neuf chiffres attribué à chaque unité légale et jamais réutilisé. Pour les produits, les sites ou les comptes, il faut le plus souvent une liste de référence interne, avec un responsable. Si deux outils gardent leurs propres codes, une table de correspondance tenue à jour les relie.
Le cadre britannique range l'absence de données de référence désignées parmi les défauts qui peuvent naître dès la planification. Choisir l'outil qui fait foi pour chaque type de donnée est une décision de gestion : elle revient à l'entreprise et se prend avant de brancher quoi que ce soit. Chez OMEGA, la partie Connecter de chaque projet relie ensuite les outils et fiabilise les données.
Que change la présence de données personnelles ?
Elle ajoute des obligations, sans interdire le projet. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) s'applique dès que vous traitez une information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable : client particulier, salarié, contact chez un fournisseur. Il exige des données exactes et, si nécessaire, tenues à jour : la qualité devient aussi une obligation.
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a précisé ces obligations pour le développement des systèmes d'IA, constitution des bases de données comprise. Issues du RGPD, elles valent aussi quand vous utilisez un outil existant. Six d'entre elles touchent directement la préparation des données.
- Objectif : un usage précis, défini dès le départ.
- Base légale : l'une des six prévues par le RGPD, comme le contrat, le consentement ou l'intérêt légitime.
- Minimisation : seulement les données nécessaires à cet objectif.
- Information : les personnes savent à quoi servent leurs données et comment exercer leurs droits.
- Conservation : une durée fixée d'avance, selon l'objectif.
- Analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) : obligatoire si le traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes. La CNIL la recommande fortement pour développer un système d'IA dès que deux des cinq critères qu'elle liste sont réunis, par exemple des données sensibles et des jeux de données croisés.
Faut-il des données parfaites pour commencer ?
Non. Le cadre britannique le rappelle : des données de qualité parfaite n'existent pas, et l'effort doit viser des données aussi adaptées que possible à leur usage. Attendre un grand nettoyage général repousse le projet, sans garantir que ce nettoyage portera sur les bonnes données.
Restreignez plutôt le périmètre : un cas, une période récente, les seuls champs utiles. Puis corrigez à la source, dans l'outil où la donnée est saisie : un champ obligatoire, une liste de choix au lieu d'un texte libre, une règle de validation. Une correction faite dans un export disparaît au chargement suivant. Le même cadre recommande de chercher la cause des défauts pour les traiter à la source, plutôt que d'empiler des correctifs temporaires.
Le règlement européen sur l'IA suit la même logique pour les systèmes classés à haut risque, comme ceux qui trient des candidatures. Son article 10 exige de leurs fournisseurs des jeux de données d'entraînement, de validation et de test « pertinents, suffisamment représentatifs et, dans toute la mesure possible, exempts d'erreurs et complets au regard de la destination ». La destination désigne l'usage prévu du système. Pour le tri de candidatures, cette exigence s'applique à partir du 2 décembre 2027.
Par où commencer ?
Par un cas précis, pas par un chantier de données à l'échelle de toute l'entreprise. Menez les étapes ci-dessous avec les personnes qui saisissent et utilisent les données au quotidien : ce sont elles qui connaissent les exceptions et les contournements.
- Écrire le cas en une phrase, avec la décision ou l'action qu'il doit produire.
- Dresser l'inventaire des données qu'il demande : source, propriétaire, accès, volume, historique.
- Mesurer les six dimensions de qualité sur un échantillon réel, pour les seuls champs utiles.
- Désigner l'outil qui fait foi pour chaque donnée, et les identifiants qui relient les outils.
- Vérifier le volet données personnelles avant de confier quoi que ce soit à un système.
- Corriger à la source, puis relancer les mêmes contrôles à chaque chargement.
Sources
- INSEE, Insee Première n° 2120, « Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025 », juillet 2026 (figure 4 et tableau complémentaire 3 du fichier de données) (nouvel onglet)
- Government Data Quality Hub (Royaume-Uni), « The Government Data Quality Framework », décembre 2020 (nouvel onglet)
- INSEE, définition du numéro SIREN (nouvel onglet)
- CNIL, « Développement des systèmes d'IA : les recommandations de la CNIL pour respecter le RGPD », juillet 2025 (nouvel onglet)
- Règlement (UE) 2016/679 sur la protection des données (RGPD) : articles 2, 4, 5, 6 et 35, EUR-Lex (nouvel onglet)
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, version consolidée au 27 juillet 2026 (modifié par le règlement (UE) 2026/1744) : articles 10, 16 et 113, annexe III, EUR-Lex (nouvel onglet)
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